Excipits : fins de roman

Les excipits (les quelques lignes ou paragraphes qui terminent un ouvrage) représentent le dernier contact du lecteur avec le livre. Ceci nous permet de concevoir toute l’importance qu’ils peuvent revêtir. Il s’agit de la dernière “image” de l’œuvre qui se donne au lecteur. C’est comme une dernière impression qui vient clore une aventure

Il y a quelques semaines, j’ai d’ailleurs écrit un article sur l’importance de soigner ses fins de récits. Si vous écrivez vous-même, je vous suggère de le consulter afin de vous remémorer tous les types de fin possibles.

Aujourd’hui, je vous propose un petit plaisir littéraire, ou plutôt dix de ces plaisirs, avec des excipits de romans célèbres.

Mon objectif est double :

  • le plaisir de lire de la belle littérature
  • l’opportunité d’apprendre en découvrant comment il est possible de clore un récit

Mon rapport aux excipits

Je sais que certains aiment lire la dernière phrase avant d’entamer la lecture d’un roman. Pour moi c’est tout l’inverse : je garde tout le mystère de la dernière phrase pour la fin. Il m’arrive souvent, notamment pour choisir un livre, de lire quelques passages dans le corps du texte mais jamais les dernières phrases ! Ce serait un sacrilège à mes yeux de lectrice.

Je veux garder le suspense de l’ultime phrase comme un dernier lien avec le roman. C’est pourquoi j’attache beaucoup d’importance aux excipits des livres que je lis. Ils représentent un point final que je souhaite percutants ; de la même manière que l’incipit est une promesse pour le récit à venir.

C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui des fins de romans que j’ai déjà lu ou qui font partie de ma PAL (pile à lire)… Vous savez, cette tour de livres qui prend toute la place à côté de la tête de lit ou celle dissimulée derrière le canapé !… et qui ne cesse de s’agrandir à la hauteur de nos envies intarissables de lecture…

PAL et excipits
Une PAL… à l’infini…

Mes 10 fins de romans inspirants

“Le rouge et le noir” de Stendhal (1830)

— “Madame de Rênal fut fidèle à sa promesse. Elle ne chercha en aucune manière à attenter à sa vie ; mais trois jours après Julien, elle mourut en embrassant ses enfants.“—

“Le lion” de Joseph Kessel (1958)

— “Patricia se mit à pleurer comme l’eût fait n’importe quelle petite fille, comme n’importe quel enfant des hommes. Et les bêtes dansaient.” —

“L’orange mécanique” d’Anthony Burgess (1962)

— “Ah ! pour une splendeur c’était une vraie splendidité, miamiamiam. Et quand c’est arrivé au Scherzo je me suis reluché aussi net cavalant et cavalant sur des nogas genre tout ce qu’il y a de léger et de mystérieux, et en même temps je taille tailladais à grands coups de mon britva coupe-chou dans tout le litso du monde, qui critchait. Et il y avait encore à venir le mouvement lent et le ravissant dernier mouvement avec les voix qui chantent. Pour ce qui est d’être guéri, je l’étais.” —

“Pourquoi j’ai mangé mon père” de Roy Lewis (1960)

— “Mais ce n’est pas lui, non, qui a créé le monde. Qui l’a fait ? Cela, je crains que ce ne soit une toute autre question, que je ne peux approfondir pour le moment. D’une part, elle est très compliqué, et même controversée. Et d’autre part, depuis longtemps pour vous c’est l’heure d’aller au lit.” —

“La fille du capitaine” de Pouchkine (1836)

— “La situation de la contrée entière où s’était déchainé l’incendie était effrayante. Dieu veuille que nous ne voyions pas une révolte à la russe, absurde et sans merci. Ceux qui rêvent chez nous d’impossibles révolutions, ou sont des jeunes gens qui ignorent notre peuple, ou vraiment des gens au cœur cruel, pour qui leur peau ne vaut pas plus d’un kopeck et la tête des autres pas plus d’un quart de kopeck.” —

“Le magasin des suicides” de Jean Teulé (2007)

— “Leur bonheur à tous, foi soudaine en l’avenir et ces sourires radieux à leurs faces, c’est l’œuvre de sa vie. A deux mètres de lui, sa sœur est hilare. Mme Tuvache la regarde s’approcher comme si elle voyait soudain sa mère arriver sous le préau de l’école. La mission d’Alan est accomplie. Il ouvre sa main !” —

“Cent ans de solitude” de Gabriel Garcia Marquez (1967)

— “Mais avant l’arrivée au vers final, il avait déjà compris qu’il ne sortirait jamais de cette chambre, car il était dit que la cité des miroirs (ou des mirages) serait rasée par le vent et bannie de la mémoire des hommes à l’instant où Aureliano Babilonia achèverait de déchiffrer les parchemins, et que tout ce qui y était écrit demeurait depuis toujours et resterait à jamais irrépétible, car aux lignées condamnées à cent ans de solitude, il n’était pas donné sur terre de seconde chance.” —

“Vie de David Hockney” de Catherine Cusset (2018)

— “Il y avait une seule certitude : l’enfant, dès qu’il savait tenir un crayon, faisait une marque. Depuis le début des temps, l’homme tentait d’exprimer en deux dimensions son émerveillement devant un monde en trois dimensions. Ce n’était pas près de s’arrêter.“—

“La part de l’autre” de Eric-Emmanuel Schmitt (2001)

— “Je ne suis pas juif, je ne suis pas allemand, je ne suis pas japonais et je suis né plus tard ; mais Auschwitz, la destruction de Berlin et le feu d’Hiroshima font désormais partie de ma vie.” —

“Mali, ô Mali” d’Erik Orsenna (2014)

— “Et j’avais bien tort de me moquer du taxi-poète de Tombouctou. Il avait raison : tu ne seras jamais déçu par l’espérance.” —

L’enjeu des excipits

Un roman qui se termine, c’est la fin d’une aventure pour le lecteur mais avant cela il en a été de même pour l’auteur.

Pour ce dernier, c’est plusieurs mois ou plusieurs années de travail qui s’achèvent subitement. C’est la fin d’une tranche de vie, pas moins. Il peut être difficile pour un écrivain de se dire : “ça y est, maintenant c’est fini”. C’est le moment où il choisit quel type de fin il souhaite donné (ouverte, fermée, dramatique, heureuse…).

fin excipits
Les excipits

Pour le lecteur, l’enjeu est moins personnel mais une fin bâclée ou incongrue peut le déstabiliser et donner une dernière impression de l’œuvre négative. Les excipits bien travaillés procurent au lecteur un sentiment positif (même si l’histoire ne se termine pas comme il l’aurait souhaité).

J’aime attendre ce petit paragraphe final dans lequel tout est possible, cette dernière phrase. J’affectionne particulièrement les excipits qui me surprennent un peu ou qui rappellent le début du roman, comme une boucle bouclée.

N’hésitez pas à nous faire part de votre excipit préféré en commentaires…

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