Le choix des mots

Pour devenir un meilleur écrivain, un style concis et un choix de mots adaptés et précis s’impose. L’écriture ne peut pas se permettre d’être vague, redondante ou approximative. Il en va de la qualité de vos écrits.

Dans un précédent article, j’ai évoqué les effets du talent conjointement associé au travail. Aujourd’hui, j’évoque uniquement le travail.

Il convient de prendre conscience que certaines mauvaises habitudes appauvrissent votre travail. Elles ruinent tous vos efforts d’imagination et entrave votre message, alors qu’il suffirait d’appliquer quelques règles toutes simples qui s’acquièrent rapidement avec un peu de réflexion et la pratique de quelques exercices basiques.

Après cela, vous constaterez qu’à force d’entrainement et de travail, ces nouveaux réflexes, deviendront une routine tout ce qu’il y a d’automatique et naturelle.

Je ne vais pas vous demander de bannir et d’exclure définitivement certains mots mais de renoncer à les utiliser si une meilleure opportunité s’avère envisageable.

Comment améliorer une phrase ?

L’action de l’auteur afin de donner davantage de valeur à l’ensemble de son écrit, et ce en réfléchissant sur chaque phrase, se présente sous quatre formes :

  • additionner : en ajoutant une précision.
  • soustraire : en étant plus concis.
  • permuter : en modifiant une tournure.
  • substituer : en remplaçant une maladresse dans le texte.

C’est sur ces quatre piliers que s’appuie le travail de l’auteur en gardant toujours à l’esprit ses motivations premières : le choix des mots. Leur précision et leur concision sont garantes d’un texte efficace, de qualité.

choix des mots : additionner, soustraire, permuter, substituer
Écrire et réécrire : additionner, soustraire, permuter, substituer

Renoncer à certains choix de mots

Lorsque nous débutons dans l’écriture, nous pensons souvent qu’il faut “éblouir” notre lecteur, lui en mettre plein la vue avec des mots rares et dont le commun des lecteurs ne connait pas la signification. Nous pensons à tort que complexité rime avec qualité… Mais il s’agit d’une grossière erreur. C’est en fait tout le contraire ! Un bon texte ne cherche pas à impressionner mais il donne du plaisir.

Enrichir votre écriture de mots bien choisis revient à améliorer votre style et la valeur de vos textes.

Je vous propose ici de porter toute votre attention sur cinq mauvais choix de mots (avec en plus un petit bonus que je vous garde pour la fin). Ils pénalisent vos efforts et votre intention d’écriture en baissant la qualité de vos écrits.

Découvrez les cinq actions que vous pouvez accomplir immédiatement afin d’enrichir votre écriture. Il s’agit de nouvelles habitudes relativement simples que vous pouvez adopter dès vos prochains écrits.

1- Réduire l’utilisation des verbes “être” et “avoir”

Ce sont des verbes trop vagues pour apporter de la valeur à votre écriture.

Souvent, avec un peu de réflexion, vous pouvez leur substituer un verbe plus approprié car beaucoup plus circonstancié.

Cette substitution, au-delà de donner le même sens, va apporter une nuance et une précision supplémentaire.

Laisser un nombre excessif de verbes “être” et “avoir” dans votre texte suppose un travail bâclé. Cela ressemble alors davantage à un discours du quotidien retranscrit qu’à un travail littéraire abouti.

Ce travail s’avère souvent plus simple que ce que nous imaginons de prime abord.

Plusieurs possibilités s’offre à vous :

  • modifier le temps de la narration lorsque cela semble possible. Je m’explique : le passé composé qui utilise les auxiliaires être et avoir peut, dans de nombreux cas, se voir remplacé par le présent : par exemple, “j’ai détallée aussi vite que possible” devient “je détalle aussi vite que possible”. Le présent donne davantage de dynamisme à un texte de fiction. En éliminant tous les auxiliaires du passé composé, vous faites disparaitre la répétition lourde et redondante des verbes être et avoir. Et vous vous octroyé de surcroit la liberté de les utiliser lorsqu’ils ne peuvent absolument pas être remplacés.
  • éliminer les tournures descriptives du style “qui est…” ou “qui a…” : par exemple, “cet homme qui est vieux” se remplace par “ce vieil homme” ou “cet homme qui à 70 ans” devient “cet homme âgé de 70 ans”. Vous constatez bien que la substitution donne ici une tournure plus légère, concise et agréable à lire.
  • remplacer être et avoir par des synonymes : par exemple, pour “être” nous pouvons avoir recourt à s’avérer, sembler, apparaitre… et pour “avoir” nous pouvons utiliser posséder, obtenir éprouver…
  • remplacer l’adjectif par son nom : par exemple, “il est méchant” devient “la méchanceté de cette personne” ou “sa méchanceté”… Cette intervention suppose la modification de la phrase d’origine mais elle y gagne en qualité.
synonyme avoir choix des mots
Synonymes du verbe avoir

La réflexion sur les verbes être et avoir nous mène vers une autre action nécessaire…

2- Remplacer les verbes pauvres

Nous les comptons par dizaine ces verbes pauvres que nous utilisons par habitude et par facilité. Ils signifient bien quelque chose et pourtant la précision n’est pas vraiment là. Ils sont corrects sans aucun doute. Cependant ils peuvent être remplacés par un autre verbe synonyme, beaucoup plus précis.

Le verbe est le mot qui parle le plus. Encore faut-il bien le choisir.

André Noël dans “Le style : conseils pour écrire de façon claire et vivante”

Ces verbes pauvres vous sont très familiers : faire, mettre, devoir, aller, pouvoir, prendre… Pour ne citer que ceux-là.

Je vous propose de consulter la liste des 50 verbes les plus utilisés de la langue française. Sachez que si vous employez fréquemment les quinze premiers verbes de cette liste, il va vous falloir travailler sur la qualité des verbes qui remplissent vos textes…

Les verbes pauvres possèdent aussi l’inconvénient d’être souvent répétés d’où leur double impact négatif sur le résultat de vos écrits. La répétition galvaude le sens du verbe.

Un verbe pauvre ne dit pas grand chose et donne des indications plutôt vagues. Cette imprécision, au-delà de réduire la qualité de vos écrits, déplait fortement au lecteur consciemment ou inconsciemment.

En clarifiant votre pensée, le verbe adéquat s’imposera à vous. Il suffit de prendre le temps de la réflexion pour faire disparaitre ces verbes pauvres de vos écrits, d’uncoup de gomme.

effacer les verbes pauvres de votre écriture
Effacer les verbes pauvres de votre écriture

Par exemple, le verbe “faire quelque chose” se remplace aisément par un verbe plus précis : “faire une douche” devient “se doucher”, “faire la vaisselle” devient “laver la vaisselle”, “faire une partie de cartes” devient “jouer aux cartes”… Cela parait évident quand je le décline en exemple et pourtant certaines de ces tournures se retrouvent parfois dans un texte pas assez travaillé.

Ne passer jamais sur un verbe pauvre sans tenter de le remplacer de façon judicieuse. Certes cela représente un gros travail de relecture et réécriture mais c’est le prix à payer pour gagner en qualité, je ne le répèterai jamais assez !

3- Abandonner les “il y a”

Au-delà de sa lourdeur, ce “tic” descriptif est vraiment très peu agréable à lire.

La suppression de “il y a” impose une reformulation quasi complète de la phrase. Celle-ci prend une nouvelle tournure bien plus attrayante à la lecture. De plus, elle permet souvent l’utilisation d’un verbe riche qui apporte de la précision. Par exemple, si nous reformulons “il y a un pont au-dessus de la rivière” par “un pont enjambe la rivière” nous donnons une idée plus imagée, plus littéraire à cette description.

“Il y a” est typiquement une expression qui sert à décrire. Or une description peut rapidement devenir pesante, longue et inintéressante. Alors il convient d’employer tout moyen susceptible de la rendre plus digeste. Et abandonner les “il y a” en fait évidemment partie.

4- Éviter les adverbes de manière en -ment

Ces adverbes sont des mots assez long qui surchargent la lecture sans vraiment apporter quoi que se soit d’indispensable en fin de compte si nous y regardons de plus près. Ils entrave la fluidité de lecture et gênent parfois la compréhension par une complexité de lecture.

Leur abondante utilisation dans un texte alourdit le style de l’écrivain. Le choix des mots, des tournures, des tics littéraires participent au style perçu de l’auteur. L’emploi répété de mots longs, comme les adverbes de manière en -ment, va dans ce sens.

Il apparait relativement aisé de substituer à “un verbe + un adverbe” un verbe plus précis et enrichi. De cette manière, l’auteur peut facilement donner des nuances fines et davantage de clarté.

Par exemple, “descendre rapidement les escaliers” devient “dévaler les escaliers” ; “parler bruyamment” devient “crier ou hurler”…

Comme vous pouvez le remarquer, ces adverbes accompagnent souvent des verbes pauvres pour tenter de les enrichir de précisions ; mais ceci n’est pas la meilleure solution.

Cependant, le remplacement par un verbe approprié donne beaucoup plus de force au récit en jouant sur quatre aspects :

  • la phrase s’en trouve raccourcie : concision.
  • le dynamisme est entretenu : efficacité.
  • le verbe s’enrichit : qualité du texte.
  • la pensée est plus claire : précision.

5- Bannir les adjectifs vagues

Sans tomber dans l’excès de la recherche de l’adjectif pompeux, il s’avère judicieux de remplacer un adjectif commun par un autre plus précis ou une tournure de phrase différente. Ici le choix des mots revêt la plus grande importance. Il est hautement stratégique pour la qualité de vos textes.

Là encore, la démarche de l’auteur est de chercher minutieusement puis de définir l’adjectif parfait pour préciser une nuance qui informe en un seul mot le lecteur. Par exemple, “petit” pourra devenir “minuscule” ou “microscopique” en fonction de sa petitesse. L’information donnée est rigoureuse et quelque peu différente dans un cas et dans l’autre.

Cette démarche a pour but de trouver le terme exact, de faire le choix du mot juste et clairement approprié à la situation. Si la pensée de l’auteur est fine et clairement définie, cette recherche sera grandement facilité.

Cela demande évidemment à l’auteur de maitriser un vocabulaire étendu et varié. Il convient de faire l’impasse sur les adjectifs passe-partout qui ont perdus tout sens à force d’être utilisés à tout propos. Il n’y a rien de pire que la pauvreté de vocabulaire manifeste d’un auteur ! Cela donne un style redondant, répétitif, pauvrement désagréable.

Pour ma part, je ne me sépare jamais de mon dictionnaire Larousse “Synonymes & Contraires”.

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Le mien est au format papier mais il en existe de très bien sur le net.

Bonus : privilégier les tournures de phrases positives

Les formulations positives apportent davantage de clarté et de sobriété à l’ensemble d’un texte. La lecture s’en trouve alors largement facilitée.

Si le sens de la phrase demeure identique, privilégiez toujours une tournure positive.

Comment perfectionner son expression écrite ?

Nous l’avons vu ensemble, le travail permet de combler certaines lacunes ou mauvaises habitudes. Mais avant le travail, il convient de repérer les mauvais choix de mots qui déprécient la qualité de vos écrits. Il faut savoir où et comment œuvrez.

Acquérir du vocabulaire riche et varié me semble être la première étape. Car comment remplacer un mot commun si nous sommes voué à l’immobilisme par un manque de connaissance et de choix possibles ?

S’exercer à maitriser différentes tournures de phrases permet d’élargir ses capacités d’écriture tout en évitant la monotonie à son lecteur. L’exercice est relativement simple : exprimer la même idée de différentes manières.

Trois mots d’ordre :

  • enrichissement
  • concision
  • précision

C’est pourquoi je vous propose quelques exercices pratiques afin de travailler en ce sens.

A vous de jouer maintenant ! Reprenez vos derniers écrits et débusquez les erreurs d’un premier jet insuffisamment travaillé !

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One Reply to “5 mauvais choix de mots qui appauvrissent votre écriture”

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