La littérature est emplie d’anecdotes parfois très connues et d’autres fois plus secrètes. Petits mystères, drôleries ou historiettes, elles apportent une vision inhabituelle sur un auteur ou une œuvre.

Pour ma part, je suis très friande de ces confessions, petites mises en lumière de détails incongrus ou annonces fracassantes que sont les anecdotes. Elles s’apparentent à ce que je nomme : les curiosités littéraires. J’apprécie énormément ces petites histoires qui racontent quelque chose au-delà de l’œuvre littéraire. Nous sommes même parfois à la limite du potin littéraire mondain.

10 anecdotes littéraires

“Le dernier jour d’un condamné” de Victor Hugo

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Le dernier jour d’un condamné

Le livre est écrit en 21 jours ! Un record absolu de rapidité. Il s’agit d’un plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort.

L’auteur débute l’écriture au lendemain d’une vision de la guillotine installée place de l’Hôtel-de-Ville. Là, le bourreau est en train de graisser la lame pour l’exécution du soir dans une totale indifférence, pire avec l’aval de la société.

“Carrie” de Stephen King

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Carrie

Le premier roman de Stephen King a bien failli ne pas voir le jour ! L’auteur écrit exclusivement des nouvelles fantastiques et d’horreur depuis son adolescence. Avec “Carrie”, il s’aperçoit rapidement que l’idée originale nécessite un texte plus long afin de donner toute la force nécessaire au récit, pour que la tension monte… Mais devant un travail qu’il juge décevant, il jette à la poubelle les premières pages du manuscrit. Il ne parvient pas à mettre l’idée en mots.

Il est déjà passé à un autre projet lorsque sa femme découvre le début du manuscrit dans la poubelle de leur caravane d’habitation. Elle trouve ces quelques pages prometteuses et parvient à convaincre l’auteur de persévérer et de reprendre l’écriture. C’est une anecdote que Stephen King, lui-même, raconte bien volontiers.

“La disparition” de Georges Perec

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La disparition

Le roman est ce qu’on appelle un lipogramme en “e”. Cela signifie qu’il ne contient aucun “e”. Le texte en est complètement dépourvu. L’auteur fait partie du groupe de l’Oulipo dont les membres, écrivains et mathématiciens, cherchent à expérimenter le jeu de l’écriture en s’imposant des contraintes.

Mais au-delà de la contrainte sans “e” il faut comprendre “sans eux”… “eux” étant les déportés de la seconde guerre mondiale qui ne sont pas revenus des camps de concentration. Il existe un parallèle avec la difficulté de vivre alors “sans eux”. Le livre écrit en 1969 est un hommage à ces disparus.

Molière

Il n’existe aucun manuscrit original connu du comédien dramaturge. A sa mort en 1673, la veuve de Jean-Baptiste Poquelin vend la malle contenant ses affaires, dont ses œuvres théâtrales, afin de rembourser les dettes laissées par son mari. Pourtant, mystérieusement, jamais aucune de ces œuvres n’est réapparue.

L’une des hypothèse est que la malle aurait été achetée par des ennemis de Molière ; le but étant de la faire brûler afin que disparaisse son travail à tout jamais et qu’il tombe dans l’oubli.

“Le train de nulle part” de Michel Thaler

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Le train de nulle part… anecdote

La particularité de ce roman réside dans la structure de ses phrases. Vous ne trouverez aucun verbe tout au long des 233 pages que compte le livre !

Je vous propose un petit extrait pour vous rendre compte de ce à quoi cela peut ressembler :

Quelle aubaine ! Une place de libre, ou presque, dans ce compartiment. Une escale provisoire, pourquoi pas ! Donc, ma nouvelle adresse dans ce train de nulle part : voiture 12, 3e compartiment dans le sens de la marche. Encore une fois, pourquoi pas ? – Bonjour Messieurs Dames. Un segment du voyage avec vous ! Ou peut-être pas ! Tout comme la totalité de l’itinéraire, du moins le mien !

“Le train de nulle part” de Michel Thaler

Voilà ce à quoi ressemble l’incipit du roman ; un début qui donne le ton.

“Abracadabrantesque”

Jacques Chirac utilise ce mot en 2000 afin de qualifiées des accusations dont son parti politique fait l’objet. Beaucoup pensent alors à un néologisme de son invention. Le mot court sur toutes les lèvres avec un peu de raillerie. Or ce mot apparait en 1871 dans un poème d’Arthur Rimbaud “Le cœur supplicié”.

« Ô flots abracadabrantesques

Prenez mon cœur, qu’il soit sauvé.

Ithyphalliques et pioupiesques

Leurs insultes l’ont dépravé ! »

“Le cœur supplicié” d’Arthur Rimbaud

L’invention du mot est attribuée communément et à tort au jeune poète, voyageur et aventurier. Pourtant, “abracadabrantesque” apparait plusieurs années auparavant, en 1865, dans l’œuvre de Mario Proth.

“La danse du fumiste” de Paul Emond

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La danse du fumiste… anecdote

Je vous conseille de prendre votre souffle pour lire ce roman qui n’est constitué que d’une unique phrase… de 166 pages ! La ponctuation finale est un point d’exclamation.

Ce sont ce genre d’anecdotes qui m’amusent… Alors certes j’admets qu’il ne sert pas à grand chose de la connaitre mais cependant j’aime bien savoir que cela existe…

Cette prouesse fait passer au second plan les champions de la longue phrase comme :

  • Marcel Proust et sa phrase de 856 mots dans “A la recherche du temps perdu”
  • Victor Hugo et sa phrase de 823 mots dans “Les misérables”

La madeleine de Proust

Justement, en parlant de Marcel Proust, je suis au regret de vous décevoir peut-être mais à l’origine, la madeleine n’était pas une madeleine. Dans “Du côté de chez Swann”, l’écrivain évoque les sensations de réminiscence de son enfance que lui procure le simple geste de tremper une madeleine dans du thé, comme un déclic ravivant sa mémoire.

Or il faut savoir qu’à l’origine, il s’agissait d’une… biscotte lors des premiers brouillons. Mais déjà à l’époque, l’éditeur ne pas trouve cela “très vendeur” et il préfère la remplacer par un petit biscuit plus raffiné et plus “français”.

De nos jours, une “madeleine de Proust” désigne tout phénomène favorisant la réminiscence et le retour dans ses souvenirs d’enfance.

Le “gueuloir” de Gustave Flaubert

Afin de se rendre compte de la fluidité de ses textes, l’auteur les “gueulait” (il les hurlait) dans une pièce réservée à cet usage : le “gueuloir”. Ainsi, il pouvait juger de leur qualité.

Hurlé, un texte peu fluide se démarque immédiatement par une certaines pesanteur. Une fois le malaise repéré, l’auteur pouvait alors rapidement le corriger afin que les phrases sonnent selon ses intentions premières.

L’existence de ce “gueuloir” est bien connue à l’époque et constitue une des anecdotes très répandue dans le milieu littéraire de l’époque.

“Les aventures d’Arthur Gordon Pym” d’Edgar Allan Poe

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Les aventures d’Arthur Gordon Pym

Lorsque la réalité rattrape la fiction. En 1838, Edgar Allan Poe publie un roman dans lequel quatre naufragés affamés décident de choisir à la courte paille lequel d’entre eux sera mangé par les autres. L’idée, peu avisée, vient de Richard Parker. C’est lui d’ailleurs qui perd et sert de repas à ses compagnons d’infortune.

Mais en 1884, le scénario se répète dans la réalité après le naufrage de “La Mignonette”. Un mousse fut alors mangé pour la survie des autres. Son nom était… Richard Parker.

Encore plus d’anecdotes

Je vous le disais précédemment, les anecdotes littéraires sont un réel plaisir pour moi… et comme j’en connais encore beaucoup, il y a de grandes chances que je les évoque à nouveau avec vous d’ici quelque temps.

En attendant, n’hésitez pas à me faire part de celles que vous connaissez. Elles m’intéressent ! Postez-les en commentaire de cet article. Je suis impatiente de les lire…

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