Lire tout le temps et de tout

Je vous conseille vivement de lire des mauvais livres. Car cela pourrait bien vous être plus utile que ce que vous pensez. Et tout spécialement si vous êtes un auteur en devenir.

C’est pourquoi cet article est davantage destiné aux auteurs qu’aux lecteurs. Il semble évident que lire un mauvais livre représente une énorme perte de temps pour un lecteur, associé à une réelle déception. Par contre, il s’agit d’une mine d’or pour l’auteur à la recherche de la perfection.

Alors je vois d’ici votre étonnement : comment peut-on mettre en parallèle mauvais et perfection ? Ma réponse est simple. Comme on apprend de ses erreurs, il est tout à fait possible d’apprendre aussi des erreurs des autres. Et c’est même parfois plus facile car elles nous sautent aux yeux. Nous sommes parfois plus indulgent envers nous-même, volontairement ou pas d’ailleurs ; car nous sommes sentimentalement lié à ce que nous écrivons.

lire de tout
Lire de tout … même des mauvais livres

Tous les auteurs, et particulièrement les plus grands, vous le dirons : il faut lire, lire et lire encore !

Si vous voulez être écrivain, vous devez privilégier deux choses : lire beaucoup et écrire beaucoup. Si vous n’avez pas le temps de lire, alors vous n’avez pas le temps (ou les outils) pour écrire.

Stephen KING

Lire beaucoup vous permet d’acquérir des outils de base pour étayer votre écriture. Lire de tout vous aide à enrichir votre culture et vos capacités à écrire.

On doit aussi lire les livres des genres qu’on n’aime pas forcément ne serait ce que pour savoir ce qu’on ne veut pas faire.

Bernard WERBER

Lire des ouvrages qui ne nous plaisent pas permet de clarifier votre travail d’auteur en faisant le tri entre ce que vous aimez (le modèle) et ce que vous détestez (la voie à éviter).

Cela vous permet de vous éloigner de ce que vous n’aimez pas et de vous rapprocher de ce qui vous inspire et ce vers quoi vous aspirez.

Qu’est-ce qu’un mauvais livre

Mauvais Vs déplaisant

Il convient de faire tout de suite la différence entre un mauvais livre et un livre qui ne nous plait pas ; car cela n’a rien à voir.

Un livre qui nous déplait n’a que l’inconvénient de ne pas convenir à nos goûts :

  • le style de l’auteur
  • le genre de littérature
  • le thème de l’intrigue
  • le personnage principal auquel nous ne parvenons pas à nous identifier
  • etc…

Par contre, un mauvais livre est plutôt de qualité médiocre de par sa structure, son écriture et les maladresses qu’il cumule :

  • pas de style avec une écriture quelconque
  • il ne suit pas les règles de son genre
  • le thème est mal défini et l’intrigue incohérente
  • les personnages sonnent faux
  • etc…

Déception Vs apprentissage

Lire un mauvais livre ne procure que déception si nous ne sommes pas capable d’aller au-delà de cette seule lecture superficielle.

Un auteur cherchera toujours à travailler et c’est pourquoi son esprit est sans cesse en alerte. Si vous êtes auteur vous-même, vous connaissez ce phénomène : tout ce que nous voyons ou vivons est susceptible de se retrouver dans un prochain texte. Car nous puisons continuellement dans nos expériences afin de nourrir nos écrits.

Alors passez outre le premier sentiment de déception pour apprendre. Lire de mauvais livres nous encourage, et je dirais même plus, nous oblige, à écrire mieux en nous mettant une certaine pression. A partir du moment où je me dis “je sais que je peux mieux faire”, je n’ai pas d’autre alternative que de le prouver.

Les maladresses d’un mauvais livre

Elles se révèlent étonnamment nombreuses et peuvent toucher tous les aspects d’un récit. Je propose de lister ici celles qui me paraissent les plus fréquentes et les plus rebutantes :

  • les belles phrases redondantes mais inutiles : chaque mot doit être choisi pour sa concision et sa valeur narratrice et non pas pour épater le lecteur.
  • les personnages sans consistance, fades : le lecteur doit pouvoir s’identifier à des personnages cohérents, concrets, que nous pourrions croiser dans la vraie vie.
  • les descriptions trop longues : elles ennuient le lecteur. Et si elles ne s’avèrent pas utiles pour la suite alors elle n’ont aucun intérêt.
  • les banalités ou les clichés : ils appauvrissent le message et la qualité globale des écrits.
  • le manque de suspense : le suspense n’est pas réservé aux polars et autres thrillers. Il permet de rendre vivant et intrigant un texte.
  • les incohérences entre les lieux, l’époque et le langage : il est primordial que le langage soit en adéquation avec l’environnement du récit.
  • les promesses non tenues : si vous promettez à votre lecteur certains faits, ils doivent se produire. Par exemple, ne le soumettez pas à un suspense incroyable et palpitant si l’évolution n’est pas à la hauteur. Sinon il risque d’être déçu et de vous en vouloir : “tout ça pour çà ?”.
  • les fautes de syntaxe ou grammaticales : un lecteur est un amoureux des lettres et de la langue française. C’est pourquoi vous devez apporter un grand soin à son utilisation. Au-delà de l’intrigue, il ne faut pas sous-estimer le plaisir de lire.
  • les dialogues sans rythme : un dialogue permet de dynamiser un passage en le rendant plus vivant. Le dialogue pour le dialogue ne comporte aucun intérêt. Il représente un vecteur essentiel pour faire passer des émotions ; alors utilisez-le à bon escient.
  • les émotions étouffées : une émotion peut être complétée de tellement de nuances. Décrivez-la avec autant de finesse que possible afin de guider le lecteur et l’emmener là où vous le souhaitez.
  • la confusion de l’intrigue : le récit doit être clair afin de ne pas perdre le lecteur dans des méandres inconsistants.
  • le défaut de construction de l’histoire : l’incohérence d’un récit rebute le lecteur.
  • les erreurs : lorsque vous parlez d’un sujet vous devez être sûr de ce que vous avancez. Vous devez être conscient que vous aurez parmi vos lecteurs des personnes qui maitrisent mieux que vous certains domaines. C’est pourquoi vos recherches doivent être soignées et complètes et au moindre doute, vérifiez !
  • la platitude du sujet : chaque lecteur veut ressortir plus riche à la fin d’un livre. Il souhaite qu’on lui délivre, au moins, un message, au plus qu’il apprenne quelque chose.
  • les longs messages de propagande : à moins que ce soit le thème du livre, évitez des messages moraux, religieux, politiques inappropriés qui peuvent mettre mal à l’aise votre lecteur.

De la critique bienveillante…

Il ne faut pas oublier la part de subjectivité qui intervient lorsque nous évoquons la critique. Chacun juge avec ses propres repères alors que nous n’avons pas tous les mêmes.

C’est ainsi que la perception d’une œuvre est très subjective. Pour exemple, prenez les avis qui pullulent sur les sites de vente de livres : de une à cinq étoiles avec des ressentis complètement divergents… Comment est-ce possible ? Parce que nous n’avons pas tous les mêmes attentes.

C’est pourquoi la critique n’est pas faite pour “casser” mais pour progresser. Elle doit être une sorte de moteur pour nous exalter à faire mieux en toute bienveillance.

Il faut autant de travail pour écrire un mauvais livre qu’un bon ; il sort avec la même sincérité de l’âme de l’auteur.

Aldous HUXLEY

C’est pourquoi la critique doit être humble.

La lecture de mauvais livres apporte toujours quelque chose à qui sait profiter de cette expérience a priori malheureuse.

Développer son esprit critique

Lire de mauvais livres permet de développer son esprit critique en étant toujours à l’affût d’une maladresse qu’il serait facile de réparer. Car apprendre à débusquer le mauvais demande un certain entrainement.

Afin d’aiguiser votre esprit critique, lire beaucoup s’impose. Parmi les outils dont parle Stephen KING (plus haut, dans la citation) nous retrouvons sans conteste cette capacité d’analyse et de critique.

C’est un travail de réflexion qui n’est certes pas évident mais nécessaire.

Vouloir mieux faire

Une lecture décevante et ponctuée de maladresses représente une motivation certaine pour l’auteur que vous êtes.

Un livre qui nous déplait nous force à réfléchir à comment nous aurions fait, nous, pour faire mieux.

Bernard WERBER

Le travail est simple en apparence :

  • débusquer les maladresses
  • réparer ses maladresses

Or nous savons tous qu’il est toujours plus facile de repérer les erreurs des autres plutôt que les nôtres ; alors profitez-en pour vous entrainez sur les textes d’autres auteurs.

… à l’auto-critique

La lecture d’un mauvais livre va incontestablement stimuler l’auteur qui est en vous.

Maintenant que vous vous êtes révélé capable de déceler les maladresses qui appauvrissent et rendent mauvais un livre, il ne vous reste plus qu’à appliquer ce travail à vos propres écrits.

Travail de réflexion

Je l’ai évoqué plus haut dans cet article, la lecture de mauvais livres implique deux attitudes :

  • se rapprocher de ce que vous aimez : inspirez-vous des qualités d’un texte pour votre propre travail.
  • mettre à distance ce que vous n’aimez pas : ne reproduisez pas les erreurs grossières qui vous éloignent de ce que vous souhaitez produire.

Travail d’écriture

Optez pour un travail pointu et minutieux pour la rédaction de vos textes en soignant des points importants pour la qualité de vos écrits.

Il est indispensable de travailler sur le choix :

  • des mots que vous utilisez
  • des idées que vous développez
  • de la syntaxe qui est la vôtre
  • etc…

Les lecteurs de cet article ont également consulté “5 mauvais choix de mots qui appauvrissent votre écriture”.

Alors maintenant, à vous d’écrire !

EXERCICE : Afin de mettre à profit ce que nous venons de voir ensemble, je vous propose de repérer un paragraphe dans un livre dont la qualité vous semble discutable.

Ensuite réécrivez ce passage d’une meilleure façon (critique constructive).

Puis améliorez-le encore une fois par une seconde réécriture (auto-critique).

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