Suspense ou suspens

Pour commencer, je veux apporter une précision orthographique au mot “suspense” car j’ai, pour ma part, souvent eu des doutes sur la façon correcte de l’écrire avant de prendre le temps de m’intéresser vraiment au sujet.

En fait, la règle est simplissime :

  • suspense : nom masculin, tiré en l’anglais ; sentiment né de l’attente angoissée, de l’incertitude.
  • suspens : adjectif ; suspendu. Voir “en suspens”.

La place du suspense

Quel que soit le genre littéraire que vous écrivez, le suspense tient une place primordiale. C’est grâce à lui que vous poussez votre lecteur à continuer à tourner les pages encore et encore afin de lui donner envie de connaitre la suite.

Au-delà du polar ou du thriller, le suspense est là pour accrocher le lecteur. Il permet de titiller son intérêt afin de le garder aux aguets page après page.

Le suspense est une mécanique qui amène une intrigue. Sans cette habile introduction du fait ce dernier n’aurait que peu de saveur.

Il n’y a pas de terreur dans un coup de fusil, seulement dans son anticipation.

Alfred Hitchcock
Hitchcock le maitre du suspense
Hitchcock, le maitre du suspense

Le suspense suscite des émotions puissantes et variées : peur, surprise, incertitude, crainte, espoir, curiosité… Le mélange des émotions, parfois contraires, fait monter la pression chez le lecteur.

C’est pourquoi il existe des règles qui permettent de créer et entretenir le suspense.

Un suspense bien apporté suppose un certain nombre de questionnements : qui, quoi, quand, où, comment… qui demeurent sans réponse immédiate. Le lecteur doit être dans l’attente.

Comment créer et entretenir le suspense tout au long du récit ?

créer du suspense
Créer du suspense

Par l’entremise des personnages

Un personnage sympathique va d’autant plus jouer le rôle de catalyseur d’émotions. Le lecteur s’identifie alors plus facilement à lui. Il va davantage s’approprier les épreuves et les émotions vécues et ressenties par un personnage attachant… d’où d’ailleurs l’importance de la qualité réaliste de vos personnages.

L’auteur se doit donc de créer du suspense en impliquant son personnage principal (mais ceci est également vrai avec des personnages secondaires) en usant de différents procédés.

– Jouer avec ses peurs et ses craintes

Confronter le personnage à ses peurs les plus profondes renvoie le lecteur face à ses propres peurs. Ceci produit de l’angoisse tout comme un rapprochement avec le personnage.

– Le mettre en difficulté ou en danger

Face à un danger immédiat, le lecteur voudra savoir de quelle façon le personnage peut-il bien se tirer de ce mauvais pas. Il faut toujours laisser sous-entendre que l’espoir que les choses s’arrangent existe toutefois.

– L’obliger à faire des choix impossibles

Face à un dilemme kafkaïen, le lecteur voudra savoir vers quel choix s’est porté le personnage. Le suspense augmente d’un cran s’il apparait évident qu’aucun des choix possibles ne peut véritablement servir le personnage : quel que soit son choix, il est perdant.

– Lui donner un but final

Le personnage doit parvenir à un résultat dont l’enjeu est primordial. Un échec aurait d’énormes conséquences néfastes pour le personnage. Le lecteur veut savoir si le personnage réussit à atteindre son but.

– Lui donner une contrainte de temps

Cette contrainte supplémentaire induit une pression qui va aller crescendo à mesure que le récit avance. Dans ce cas, il faut que les conséquences d’un échec soient très dommageables. Un compte à rebours insuffle une tension supplémentaire.

– Lui cacher des détails

En donnant au lecteur des détails importants que le personnage ignore, l’auteur crée une tension d’un genre particulier. Le lecteur s’impatiente et attend le moment où le personnage aura lui aussi ces informations, souvent primordiales pour la résolution ou du moins l’avancée de l’histoire.

– Lui donner des informations dont il ne soupçonne pas l’importance

Ces informations revêtent une réelle importance pour lui-même (sans qu’il ne le sache) ou pour un autre personnage. Et ses informations pourraient changer beaucoup de choses pour l’intrigue. Ce sont comme des informations semées ça et là et qui attendent que les choses évoluent pour se dévoiler.

Par l’introduction d’indices

L’indice, également appelé insert, est une petite information donnée de façon anodine mais qui se révèlera importante par la suite. Le procédé doit être subtil afin que le lecteur ne décèle pas immédiatement son rôle majeur.

L’introduction d’indices permet de faire monter le suspense. Il est inconcevable de ne pas utiliser les indices dans un récit. Ils créent du dynamisme, de l’attente et donc du suspense.

Mais attention de ne pas commettre une erreur impardonnable : faire monter la pression avec des indices qui amènent à une fin assez quelconque ou incohérente. Cela crée une grande frustration pour le lecteur et une déception tout aussi grande.

– Semer des indices

L’auteur sème des indices tout au long de son texte afin de construire la trame de son intrigue. Pour un suspense garanti, le lecteur ne doit pas vraiment être conscient de cette manœuvre. Ce doit être réalisé très adroitement afin que le lecteur ne se doute de rien. bien amenés, ils sont comme des graines qui ne demandent qu’à germer dans l’esprit du lecteur.

– Insérer de l’intrigue par étapes

Comme une succession de couches, l’intrigue se construit et installe le suspense petit à petit presque sans que personne ne s’en rende compte. C’est la subtilité avec laquelle les choses sont amenées qui va faire la qualité du suspense.

– Distiller du mystère

Toujours dans la même optique, l’auteur doit apporter par touches un mystère qui s’épaissit tout autant qu’il se révèle. Il doit surprendre son lecteur.

Par une construction et une écriture adaptée

La structure d’écriture que l’auteur met en place peut jouer en faveur du suspense. Certaines règles d’écriture vont directement dans ce sens et font grandir le suspense au fil des pages.

– Un début passionnant

L’incipit (le début d’un texte) doit immédiatement transporter le lecteur et l’accrocher à l’histoire. Plusieurs approches permettent un tel résultat :

  • le saut dans l’action
  • la curiosité
  • l’absurde
  • le questionnement
  • etc…

– Commencer par un évènement qui arrivera plus tard

Cet effet intrigue le lecteur et soulève toutes sortes de questionnements quant aux raisons qui vont amener à cet évènement. Dès le début, la fin de l’intrigue est partiellement dévoilée. Manquent les rouages qui conduisent à l’évènement, soit le plus intéressant.

– Finir un chapitre sur une incertitude

La recette est largement utilisée parce que son efficacité est redoutable. En laissant le lecteur sur une incertitude, le suspense est à son comble. Cet effet est tout aussi efficace au niveau d’une simple phrase. Garder le lecteur en haleine permet de conserver son attention sur les pages suivantes.

– L’effet Cliffhanger

Il consiste à terminer un chapitre sur une révélation. En dynamisant ainsi les fins de chapitre, l’auteur joue sur la curiosité du lecteur et maintient le suspense. Qui ne souhaiterait pas connaitre les tenants et les aboutissants d’une révélation choc ? Certainement pas le lecteur…

– Cacher un indice

Nous avons vu précédemment l’importance des indices distillés par petites touches au sein du récit. Maintenant, imaginez que ceux-ci ne soient pas immédiatement identifiables… Le récit gagne en intrigue et en mystère. Concrètement, vous pouvez cacher un indice important au milieu d’informations insignifiantes que vous laissez croire décisives.

– Retarder l’annonce d’un fait

En prenant son temps pour faire des annonces percutantes, l’auteur agit pour faire monter le suspense. Il laisse le lecteur dans une attente quasi fiévreuse.

– Introduire une nouvelle problématique

En intégrant une nouvelle problématique avant même que la précédente ne soit résolue, l’auteur cumule les sources de suspense. Elle ne sont pas forcément traitées en parallèle mais peuvent s’imbriquer l’une dans l’autre pour un meilleur effet.

Par la relecture

La relecture est un moment privilégié pour retravailler sur le suspense de votre texte.

Elle suppose un gros travail de réécriture. C’est l’occasion de travailler sur trois points essentiels :

  • vérifier, une fois le texte terminé, si le suspense voulu fonctionne bien avec l’ensemble
  • réorganiser le suspense si nécessaire pour une meilleure cohérence
  • compléter le texte avec des indices bien placés, aux articulations subtiles

Vous comprenez bien à quel point cette étape s’avère nécessaire pour la qualité de l’ensemble de votre récit ; et plus précisément pour le suspense.

Lire pour progresser

Tous les auteurs reconnus vous le diront : il faut beaucoup lire pour progresser !

Si vous voulez être écrivain, vous devez privilégier deux choses : lire beaucoup et écrire beaucoup. Si vous n’avez pas le temps de lire, alors vous n’avez pas le temps (ou les outils) pour écrire.

Stephen KING

Une analyse sérieuse de vos lectures vous permettra de déceler les engrenages utilisés pour créer du suspense. Elle vous aidera également à faire la différence entre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas…

Lisez vos auteurs préférés et voyez de quelle manière ils amènent et entretiennent le suspense. Inspirez-vous des techniques d’écriture qui apportent quelque chose et supprimez les effets de style stériles et plats.

On doit lire le genre de livres qu’on a envie d’écrire. Ne serait-ce que pour savoir ce que les autres auteurs, confrontés aux mêmes problèmes, ont fait. On doit aussi lire les livres des genres qu’on n’aime pas forcément ne serait ce que pour savoir ce qu’on ne veut pas faire

Bernard WERBER

Miser sur la crédibilité

Faire du suspense pour le suspense ne sert à rien. Il faut qu’une finalité crédible vienne clore le texte.

Une fin improbable ou qui arrive sans que rien ne la prépare (pas d’indices dans le texte) représente une grave erreur qui déçoit le lecteur. Une fin bâclée ou incohérente déplait et laisse un goût amer au lecteur.

C’est pourquoi il faut soigner son suspense et sa montée en puissance. Si vous promettez au lecteur, au fil des pages, un dénouement qui s’annonce grandiose, alors il faut lui donner du grandiose. Il faut être à la hauteur de vos promesses.

Voilà pourquoi la relecture est indispensable. Elle s’accompagne d’une réécriture de certaines scènes, après coup, de manière à ficeler l’intrigue avec cohérence et force.

* * * * * * * * * *

Maintenant à vous de jouer avec les deux exercices que je vous propose ci-dessous :

  • relisez un livre que vous avez aimé et analyser les effets utilisés pour entretenir le suspense.
  • relisez un de vos textes et réécrivez les passages qui nécessites davantage d’effets ou d’indices pour créer et maintenir le suspense.
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2 Replies to “Créer du suspense dans vos récits”

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