Les descriptions en littérature

Rôle des descriptions

En littérature, les descriptions accompagnent le récit afin d’apporter des précisions sur certains éléments (lieux, physique d’un personnage, objets…). Le lecteur perçoit ainsi une sorte de vision de la réalité, un peu “comme si il y était”. Pour ce faire, la description doit utiliser des mots qui font appel aux cinq sens du lecteur.

Par essence, les descriptions permettent de mieux se représenter ou s’imaginer les lieux, l’action dans sa globalité, les personnages, l’atmosphère…

En s’attardant sur ces lieux, personnages ou objets, elles donnent davantage de consistance au récit et l’émaillant de petits détails qui le rapproche de la réalité ou du moins d’une illusion de cette réalité.

descriptions comme illusion de la réalité
Les descriptions comme une illusion de la réalité

Un choix subjectif

Il appartient à l’auteur de décrire ou pas tel ou tel élément du récit. Son choix s’avère forcement subjectif même s’il est directement lié à une intention claire qui est toujours de faire avancer l’histoire.

La subjectivité apparait également à deux autres niveaux qui ont leur importance :

  • celui qui décrit : s’il s’agit d’un narrateur, d’un personnage ou de l’auteur, le point de vue sera très différent.
  • dans quel ordre se fait la description : elle sera sensiblement différente si elle est linéaire (du 1er plan à l’arrière plan, ou inversement), panoramique (de gauche à droite, ou inversement), subordonnée à un mouvement (avec un observation qui se déplace).

Défendre une vision

La description, par le choix subjectif dont elle dépend, défend clairement une vision particulière choisie par l’auteur.

Une description anodine peut très bien “cachée” des indices pour la suite de l’intrigue et son suspense. Rare sont les descriptions inutiles… sinon elles sont à bannir et à supprimer du texte définitif.

En attirant l’attention du lecteur sur un point précis, l’auteur le fait entrer dans sa vision des faits, dans son monde.

Les détracteurs face aux descriptions

Certains lecteurs ont les descriptions en horreur et ne leur trouvent que des inconvénients qui viennent troubler leur lecture.

Souvenez-vous des ouvrages du XIXème siècle dont la lecture nous était imposée au lycée : comme Zola et ses interminables descriptions… Combien de pages de description furent alors sautées allègrement ?

sauter les pages de descriptions
Tourner les pages de descriptions rébarbatives

Ralentir l’intrigue

Les descriptions sont inévitablement un “temps mort” pour l’action, comme une mise entre parenthèse de l’intrigue l’espace de quelques lignes.

Cette coupure freine d’un seul coup l’action ou du moins en baisse son intensité.

Il est vrai qu’une description pose en quelque sorte les éléments propices à une atmosphère mais elle ne représente absolument pas de l’action pure.

Gêner à la compréhension

En entrecoupant le récit, les descriptions morcellent le cours de l’action. Ces petites interruptions peuvent faire perdre quelque peu le fil de l’histoire et complexifier la compréhension globale de l’intrigue.

Créer de la frustration

Le lecteur impatient voit dans les descriptions une façon de retarder l’issue du récit. Pour lui, tout ce qui compte c’est de ne pas être ralenti dans sa course vers la résolution de l’intrigue.

De fait, chaque description éloigne un peu plus de la fin tant attendue du récit…

Les défenseurs des descriptions

Pour ma part, j’aime les descriptions… et pour la petite histoire, je n’ai jamais sauté aucune page des grands auteurs du XIXème siècle, même les plus contemplatifs ou tatillons sur les détails…

C’est pourquoi cette partie de l’article dépasse de loin celle des détracteurs 😉

Je concède de nombreux avantages aux descriptions. Je pense que la variété de ses atouts ne peut que servir votre récit et l’enrichir.

Créer une atmosphère

Les descriptions, en mettant le focus sur certains points choisis par l’auteur, permettent de créer une atmosphère particulière, tout à fait propice à l’intrigue.

Cela permet au lecteur d’entrer dans l’ambiance et s’y retrouver comme en immersion totale.

Appréhender un univers inconnu

Les récits évoquent parfois un monde qui nous est tout à fait inconnu. Par exemple, je ne connais rien au monde des courses hippiques. Afin d’être à l’aise dans un récit qui évoquerait cet univers, les descriptions des lieux, des pratiques, des personnes qui y gravitent seraient non seulement nécessaires pour moi mais même carrément indispensables pour une bonne compréhension de ce milieu dont j’ignore tout.

La description enrichit notre découverte d’un univers méconnu de nous.

Maintenir l’illusion de la réalité

C’est grâce à des descriptions minutieuses que nous pouvons avoir l’impression d’être dans le feu de l’action “comme si on n’y était”. Une description trop vague ou succincte ne permet pas de s’imaginer le lieux ou l’atmosphère.

Stephen King explique dans “Écriture – Mémoires d’un métier” (livre sur lequel j’écrirai bientôt un article complet) que pour décrire un lieu, par exemple, il commence par visualiser ce qu’il veut que le lecteur se représente. Puis il isole trois ou quatre détails qui vont trouver vie dans une description qui relève davantage d’une présentation de l’atmosphère du lieu que d’une description linéaire.

En faisant entrer des éléments de la réalité bien choisis, nous avons l’illusion d’être dans cette réalité. Le réalisme de la description est primordiale pour qu’elle ne paraisse pas ralentir le récit mais faire partie intégrante de ce dernier.

Donner de la consistance au récit

En s’attardant sur certains détails, à l’aide de leur description, l’auteur donne à voir avec plus de profondeur. Il peut distiller ainsi des nuances qui peaufinent l’ensemble et apportent une certaine densité au récit.

Dans de nombreux cas, la description enrichit tout simplement le récit en donnant plus d’informations sur des aspects qui auraient pu passer pour des détails insignifiants.

Apporter poésie et esthétisme

Certaines descriptions sont formulées de manière à procurer une certaine vision qui au-delà de servir le récit et son intrigue apporte une note quelque peu poétique (un peu comme un aparté) à l’esthétisme affirmé.

Mais attention, il faut que le genre littéraire s’y prête sous peine de surprendre et désarçonner son lecteur.

Faire des révélations sur un personnage

Une description subtile d’un personnage peut en révéler beaucoup sur lui… Et ce, bien au-delà de la description physique.

Pour ma part, les longues descriptions physiques m’ennuient un peu car je ne leur reconnais aucune utilité. Une description succincte me suffit en tant que lectrice. Ceci me laisse tout le loisir de m’imaginer ce personnage et peut-être même de m’identifier plus facilement à lui.

Décrire ses faits et gestes et ses habitudes permet de faire passer quelques informations sur le personnage que le récit seul ne suffit pas à faire transparaitre naturellement dans le fil de l’action.

Décrire des émotions

La description d’objets, lieux ou personnages est une chose mais il ne faut surtout pas oublier celle des sentiments et des ressentis.

Il s’agit alors de faire preuve de subtilité en utilisant dans les descriptions des mots qui vont faire appel aux cinq sens : la vue, l’odorat, le toucher, l’ouïe et le goût.

La description est chargée de créer une réalité sensorielle pour le lecteur.

Stephen KING

Si vous excellez dans ce type de description vous pourrez emmener votre lecteur dans l’illusion de la réalité dont nous parlions plus tôt.

Point de vue de l’auteur quant à l’usage des descriptions

Lorsque l’auteur amène une description dans le cours de son récit, il s’agit d’un ajout réfléchi qui a pour but d’enrichir son texte.

Dans un souci d’économie de mots et de choix du mot juste, toujours présent à l’esprit de l’auteur, les descriptions n’arrivent pas sans raison.

Partager une vision

Avec la description, l’auteur souhaite faire partager sa vision, son univers, la façon dont il perçoit les choses et qu’il veut qu’elles soient perçues.

L’auteur souhaite embarquer le lecteur dans son monde. Il veut le conduire à un certain endroit. Et pour emprunter le chemin qui y mène, il dispose de la description. Celle-ci agit comme un guide qui vous dirige pour vous emmener exactement là où l’auteur veut que vous alliez.

Cette communion entre ce que l’auteur a en tête et la venue du lecteur en ce lieu témoigne de la qualité d’une description. Et c’est cette connexion que recherche l’auteur.

Aider le lecteur

Les descriptions nous venons de le voir ses des guides pour que le lecteur soit porté au plus près de la vision de l’auteur.

Sans ses phrases directrices, le lecteur pourrait avoir du mal à se repérer ou à s’imaginer les lieux, les personnages, la profondeur des sentiments de chacun, les détails d’une scène complexe…

Insérées au bon endroit, les descriptions permettent au lecteur de se raccrocher à l’intrigue et à l’action avec les détails nécessaires afin d’en percevoir toutes les subtilités.

Dans le cas, par exemple, où il est question d’un monde méconnu du plus grand nombre dans le récit, la description des usages permet de ne pas “perdre” le lecteur.

Alors, pour ou contre les descriptions ?

Il est évident que la question ne se pose pas en ces termes, bien sûr…

Les descriptions, comme toute chose, comportent des inconvénients et des avantages et chacun d’eux se défendent.

Cependant, c’est dans la mesure que se joue une bonne description.

Une description trop succincte laissera le lecteur désorienté et myope. Une description surabondante le noiera de détails et d’images.

Stephen KING

Le conseil ultime consiste à savoir doser la densité, la fréquence et la longueur des descriptions.

Si nous devions résumer en une phrase ce qu’est une bonne description nous pourrions dire qu’il s’agit d’une description structurée, riche et variée, qui fait en même temps appel aux cinq sens.

Partager l'article
  •  
    6
    Partages
  •  
  • 6
  •   

2 Replies to “Défenseurs des descriptions contre détracteurs”

  1. Bonjour Estelle,
    Personnellement je m’arrange pour à peu près tout savoir des lieux ou des personnages, en les visualisant sous la forme d’endroits ou de personnes que je connais…mais je suis loin de tout décrire avec minutie, au contraire. Sauf dans certains cas “collant” à l’histoire racontée et la personnalité des protagonistes, tout décrire est un “tue-l’amour” imparable. Je choisis plutôt quelques détails parlant en fonction de l’atmosphère que je veux rendre ou des traits de caractère que je veux mettre en avant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *