Au commencement est l’incipit

Qu’est-ce qu’un incipit ?

Sont appelées incipit les premières lignes d’un écrit. Il peut s’agir d’un paragraphe ou de quelques phrases.

Comme nous pouvons juger une personne en quelques minutes, le lecteur évalue votre écrit (roman, nouvelle…) en quelques lignes… Et chacun sait qu’il est alors très compliqué de modifier une première impression !

incipit
Commencer la lecture de l’incipit

Vous commencez à comprendre l’intérêt primordial d’un incipit de qualité. Parmi l’immensité du choix littéraire, le lecteur doit décider si votre travail mérite son attention, son argent et son temps. Le rôle de l’incipit devient déterminant alors dans sa prise de décision.

Une bonne introduction de roman donne l’impulsion nécessaire à l’envie d’aller plus loin.

Grands auteurs et incipits

Les grands auteurs mettent toujours un soin particulier à écrire l’incipit de leurs ouvrages. C’est pourquoi je vous propose de consulter et de vous inspirer de 10 débuts de livres inspirants.

Vous constatez alors qu’il n’existe pas une seule bonne façon d’écrire un incipit. Sa structure dépend de l’effet que vous voulez produire sur le lecteur.

L’incipit dans l’Histoire

Afin de prendre la pleine mesure de l’importance de l’incipit, remontons à l’Antiquité.

A cette époque, les codex n’ont pas de titre. Leur classement se fait sur la base de leur première phrase. Cette dernière apporte l’information nécessaire afin de l’identifier.

Ce petit aparté n’a pas une grande importance en soi si ce n’est un peu de culture… 😉

Le rôle de l’incipit

Accrocher le lecteur

L’auteur ne dispose que de quelques phrases pour accrocher son lecteur et lui donner envie d’avancer dans sa lecture.

Souvent, la curiosité est le meilleur moyen d’attirer l’attention et de la garder surtout… car c’est là l’objectif : le lecteur qui veut connaitre le dénouement continue sa lecture.

Cette accroche est une sorte de séduction : faire voir le roman sous son meilleur jour pour donner envie de continuer ensemble ; donner au lecteur l’envie de ne pas le quitter.

accrocher le lecteur incipit
Accrocher son lecteur

Donner le ton

Le ton

A la lecture des premières phrases, nous déterminons immédiatement le genre littéraire (roman sentimental, policier, SF, réaliste, historique…) ainsi que le ton qui sera celui de l’œuvre.

L’incipit le plus célèbre, “il était une fois”, informe ainsi immédiatement sur le genre littéraire.

Le style

Bien souvent, dès les premières lignes, le style de l’auteur se révèle également. En fonction de ses goûts personnels, le lecteur identifiera immédiatement un style qui lui convient.

La narration

Dès l’incipit, il est possible de constater qu’elle genre de narration a été choisie par l’auteur, soit qui parle :

  • l’auteur avec le “je”
  • un narrateur
  • un des personnages

Introduire la suite

En donnant envie d’aller plus loin dans la lecture, l’incipit commence aussi à poser les bases de l’intrigue et donne le ton du récit. Mais attention, sans trop en dévoiler.

Cependant, il existe un piège dans lequel il faut faire attention de ne pas tomber : trop promettre au lecteur et ne pas tenir ses promesses. Car il est inutile de faire un baroude d’honneur dans l’incipit et produire ensuite un texte qui n’est pas à la hauteur.

Les différents genres d’incipits

Un incipit peut revêtir différentes formes. Il peut être :

  • descriptif : il décrit simplement une situation, une personne de manière à situer simplement l’intrigue et à présenter l’un des personnages. Son approche est relativement neutre. Il plante le décor (mais attention aux longueurs qui perturbent le rythme).
  • informatif : il commence à donner des informations sur l’intrigue qui va suivre, sans toutefois trop en dévoiler. Il doit juste attirer l’attention sur un fait.
  • dynamique : il débute avec une action forte qui va d’emblée entrainer le lecteur dans l’intrigue. Ce début fracassant est destiné à accrocher immédiatement le lecteur et à le plonger dans l’action. C’est une façon de le happer sans lui donner beaucoup d’explications afin de susciter encore davantage son intérêt : pourquoi suis-je là ?
  • interrogatif : il oblige le lecteur à se poser certaines questions qui ne trouveront leur réponse qu’au sein des pages suivantes. Ces questions doivent être suffisamment fortes et avoir assez de résonance pour le lecteur afin qu’il souhaite poursuivre.
  • déroutant : il fait perdre au lecteur ses repères littéraires habituels. C’est la surprise et parfois l’incompréhension qui accueille le lecteur. Et il veut comprendre…

Les techniques utilisées

Le choix des techniques littéraires utilisées pour rendre un incipit captivant se révèlent très nombreuses. Je vous en propose quelques unes qui permettent de commencer votre récit de façon à captiver votre lectorat :

  • dialogue : vous pouvez débuter avec un dialogue qui va avoir plusieurs raisons d’être comme entrer dans le vif du sujet ou faire intervenir des personnages importants de l’intrigue. Cela permet un contact direct et immédiat avec les personnages. Cependant, quelques répliques suffisent. Un dialogue trop long risque “d’ennuyer” le lecteur et le faire décrocher.
  • curiosité : les premières phrases pique la curiosité du lecteur soit par ce qu’elles commencent à révéler, soit par ce qu’elles cachent au contraire. Laisser entendre que quelques choses doit être révéler accroche le lecteur en titillant sa curiosité.
  • surprise : le lecteur est surpris par ce que l’incipit contient. Un lecteur déconcerté veut connaitre la cause de ce sentiment inhabituel et sera plus à même de poursuivre sa lecture. Par exemple, “D’après moi, en général les femmes nues n’ont pas de couteau sur elles” de Browne dans “Heureux veinard”.
  • déroutant : il s’agit d’une surprise qui laisse sans voix et intrigue. Par exemple, débuter avec un mot incompréhensible ou dont le sens échappe une fois sorti de l’intrigue ; comme le célèbre « Doukipudonktan » de “Zazie dans le métro” de Queneau.
  • zoom : l’incipit part d’une vision globale pour se focaliser sur un détail très précis. Par exemple, décrire un paysage de montage et zoomer jusqu’à un chalet isolé sur un de ses flans.
  • dé-zoom : l’incipit commence sur un détail pour s’élargir à une vue d’ensemble. Par exemple, décrire un objet comme une photo et dé-zoomer pour montrer peu à peu son contexte qui peut être très différents en fonction de l’effet voulu (une décharge sauvage, un bureau cosy, un grenier poussiéreux…).
  • flashback : ce procédé fait comprendre au lecteur que cette information venue du passé revêt une réelle importance dans le récit qui va suivre, dans le présent.
  • action : le récit débute par une scène d’action destinée à happer le lecteur qui a l’impression de faire irruption dans l’histoire, presque comme un personnage lui-même. Mais attention à laisser quelques indices qui permettent de comprendre succinctement ce qui est en train de se dérouler.
  • répondre à qui, quoi, où, comment, pourquoi : dès les premières lignes l’intrigue est posée. Le lecteur comprend d’emblée ce qui l’attend.
  • une seule idée : l’incipit ne doit développer qu’une idée afin d’être clair. Partir sur différents angles dès le début perd le lecteur et embrouille son jugement quant au roman. La simplicité est de mise.
  • scène clé : en commençant avec une scène clé de l’intrigue le lecteur est au cœur de l’intrigue dès les premiers mots.
  • fait postérieur : l’incipit rend compte d’un fait qui se produira plus tard dans le récit. Si le lecteur veut connaitre les raisons qui ont déclenché cela, il lui faut continuer sa lecture.
  • proche de l’élément déclencheur : le lecteur comprend alors dès le début de sa lecture que quelque chose est sur le point d’advenir.

Le travail sur l’incipit

Vu l’impact que l’incipit a sur le choix du lecteur à poursuivre ou pas sa lecture, et donc à choisir votre livre parmi tant d’autres, il apparait évident qu’il mérite toute votre attention et un travail soigné.

Plusieurs étapes de travail sont nécessaires afin d’atteindre la qualité escomptée. Il s’agit d’en négliger aucune pour un travail mené à son terme.

Quel ton donné et comment ?

C’est très simple, je vous en ai parlé précédemment. Maintenant à vous de mettre en pratique ce qui a été exposé :

  1. reportez-vous au paragraphe “Différents genres” et optez pour celui qui vous semble le plus approprié à votre genre littéraire, votre style et votre intention.
  2. choisissez dans le chapitre “Technique utilisées” celle qui correspond le mieux au message que vous souhaitez faire passer dans l’incipit et à la façon de procéder.

Lire les incipits d’autres auteurs

Intéressez-vous à ce qui existe déjà. Non pas pour imiter mais pour vous inspirer des structures mises en place et utilisées. Lisez de préférence de grands auteurs et ceux qui vous passionnent, dont vous aimez le style.

Afin de progresser, faites une analyse rapide pour vous permettre de dégager les aspects qui font la qualité et l’efficacité de ces incipits.

Les lecteurs de cet article ont également consulté “10 débuts de livre inspirants

Faire des tests

Testez plusieurs incipits de style très différents de manière à définir plusieurs façons d’entrer dans le récit.

Mais testez-les surtout auprès de lecteurs de votre entourage. L’auteur n’a parfois pas suffisamment de recule pour déceler l’efficacité. Il peut être aveuglé par ses propres ressentis et occulter un choix pourtant plus judicieux.

Ces tests permettent de voir l’effet produit sur le lecteur. Et leurs retours sont un atout majeur afin de l’ajuster en fonction de l’effet escompté.

Revenir sur l’incipit

Une fois le texte bien avancé, ou même terminé, il est opportun de revenir sur l’incipit afin de confirmer et valider son bien fondé.

Il se passe beaucoup de chose émotionnellement parlant entre le début et la fin de l’écriture d’un roman. L’intrigue peut prendre des routes insoupçonnées au départ ou s’enrichir d’éléments. Il s’avère donc primordial de vérifier que l’incipit sert toujours le roman.

De plus, vous pouvez décider de créer un parallèle entre l’incipit et l’excipit (dernières lignes d’une œuvre). Si le lecteur que vous êtes prend le soin de relire l’incipit avant de fermer le livre que vous venez de terminer, il se rendra compte que souvent il y a une résonance entre ces deux “extrémités”.

Le lecteur devrait, quand il a terminer le livre, revenir à l’incipit pour découvrir ce qu’il a laissé passer”.

Laurent NUNEZ “L’énigme des premières phrases”

L’édition

Le regard de l’éditeur

Je vous ai beaucoup parlé du lecteur qu’il faut accrocher et ne pas décevoir. Mais que dire de l’éditeur, ce professionnel intransigeant qui détient l’avenir de votre roman entre ses mains ?

S’il y en a bien un qu’il faut séduire, c’est lui. Vous ne disposez que de quelques minutes pour attirer son attention. Car si votre incipit est raté, votre livre est recalé. L’éditeur ne donne pas de deuxième chance et n’a pas de temps à perdre.

C’est pourquoi son examen de lecture est simple et rapide :

  1. le titre
  2. le résumé, qui sera la 4ème de couverture… là déjà votre livre peut être refusé
  3. l’incipitlà encore possible refus
  4. des passages pris au hasard dans le corps du texte… et encore une occasion de refus
  5. alors, s’il n’est pas déçu votre roman a peut-être une chance d’être publié…

Votre but est clairement de passer le plus grand nombre de ces étapes. C’est pourquoi un incipit de qualité offre à votre livre une chance de faire l’objet d’une étude plus approfondie.

L’auto-édition

Dans ce cas le problème est strictement le même. Devant un livre auto-édité, le lecteur va forcément être méfiant et penser que si votre livre n’a pas été retenu par une maison d’édition c’est surement parce qu’il n’est pas assez bon.

Il va pratiquer le même examen que celui que ferait un éditeur. il est tout aussi coriace à convaincre.

C’est pourquoi quel que soit votre objectif, commencez par soigner l’incipit.

* * * * * * * * * *

Alors maintenant à vous d’écrire !

EXERCICE : reprenez un de vos romans et écrivez cinq incipits de genres différents avec des techniques choisies en fonction.

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