Avant toute chose, je tiens à préciser que cet article ne reflète que mon ressenti et mon avis personnel. Je suis une fan d’Alexandre Jardin de la première heure. La récente polémique autour de la sortie de “Le roman vrai d’Alexandre” m’a simplement ouverte à quelques réflexions.

Qui est Alexandre Jardin ?

Alexandre Jardin, écrivain singulier et précoce, publie son premier roman “Bille en tête” en 1985. Il a alors 20 ans et reçoit le “Prix du 1er roman”.

Écrivain et cinéaste, ses thèmes de prédilection sont l’amour, dont le retour de la flamme amoureuse, mais aussi la peur de la monotonie.

Au-delà de la littérature, il est un homme très engagé dans le monde associatif ainsi que politique.

Alexandre Jardin

C’est une présentation très succincte qui n’englobe certes pas toutes les facettes de l’homme et de l’écrivain mais qui a le privilège d’aller droit à l’essentielle. Pour les plus curieux, rendez-vous sur le site de l’auteur.

Les “polémiques” d’Alexandre Jardin

“Des gens très bien”

En 2011, Alexandre Jardin soulève une première polémique en faisant part des sombres secrets d’une famille, la sienne, et plus particulièrement du rôle joué par son grand-père pendant la seconde guerre mondiale, dans son roman “Des gens très bien”.

Il évoque les activités de son ascendant, chef de cabinet de Pierre Laval, qui travailla sur plusieurs dossiers sensibles, dont celui de la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942.

Au-delà du cercle familiale, le malaise peut envahir le lecteur devant ce texte à charge. Aucune tentative de l’auteur n’est faite pour aller vers une quelconque recherche des faits ou pour une compréhension de l’histoire et du cheminement de ce grand-père. Chaque phrase reflète toute la colère, la honte et la culpabilité de l’auteur. Sa souffrance est palpable.

“Le roman vrai d’Alexandre”

“Le roman vrai d’Alexandre”, sorti en 2019, crée lui aussi une polémique dès sa sortie. L’auteur confesse alors ce qu’il nomme “30 ans d’imposture romanesque“.

alexandre jardin
“Le roman vrai d’Alexandre

Ce livre est l’histoire de mes mensonges.

Alexandre JARDIN

Il lance comme une bombe (certains diront “médiatique”) le fait qu’il aurait tout inventé dans ses romans. Il les aurait fardés :

  • de faits imaginaires
  • de personnages embellis
  • d’une généalogie faussement grandiose
  • d’histoires montées de toutes pièces
  • de sentiments tronqués

Alexandre Jardin nous explique qu’il n’a fait que sublimer une vie dans laquelle il se sentait mal. Il a crée des personnages, dont le sien, afin d’embellir une vie dans laquelle il ne trouvait pas sa place.

Il renie en quelque sorte “toute” son œuvre qu’il juge fondée sur une ignoble supercherie mensongère…

Et je dois admettre que cette dernière polémique me laisse assez perplexe…

Le rôle de l’écrivain de romans

N’est-ce pas justement le rôle de l’écrivain de romans de nous raconter des histoires ? Et par essence, une histoire n’est pas la réalité. Elle peut s’en inspirer certes mais ne sera jamais la vérité vraie ; ne serait-ce déjà que parce qu’elle est relatée après un laps de temps plus ou moins long propice à une sorte de maturation (les sentiments ont eu le temps d’évoluer, la mémoire a pu s’accommoder des faits…).

Je ne comprends pas vraiment l’annonce fracassante qui consiste à avouer que les personnages ont été inventés de toutes pièces… Cela ne me semble pas surprenant outre mesure… C’est précisément le rôle de l’écrivain.

L’écrivain de romans met en place un univers imaginaire dans lequel il entraine un lecteur consentant. Je ne crois pas qu’aucun lecteur ne se soit jamais plaint d’avoir été abusé en la matière…

Alexandre Jardin pousse même le jeu de l’ambiguïté suffisamment loin pour accoler dans le titre de son livre polémique deux mots “roman” et “vrai” qui s’opposent de fait, véritable oxymore.

La lectrice que je suis…

Je peux dire sans exagérer que je fus une lectrice assidue des romans d’Alexandre Jardin. J’ai lu tous ses romans de 1988, avec “Le zèbre”, jusqu’à 2005, avec “Le roman des Jardin” ; presque 20 ans de fidélité à cet auteur dont j’ai énormément apprécié le style et les thèmes de prédilection.

Alors, suis-je naïve ou visionnaire mais à aucun moment je ne me suis dit qu’Alexandre Jardin me restituait fidèlement l’histoire de sa famille incroyablement loufoque, originale et attachante.

Et sachant cela, j’ai toutefois pris un immense plaisir à suivre les élucubrations de cette famille, des ses personnages hors du commun.

Dans “Le zèbre”, Alexandre Jardin évoque un pan du caractère fougueux et original de son père… Je dois bien avouer que j’ai toujours pris le personnage principal pour ce qu’il me semblait être : un personnage de roman. Cela n’a rien de péjoratif bien au contraire : un magnifique personnage de roman.

Même si j’avais envie de croire qu’un tel homme pouvait exister, je savais bien qu’il s’agissait d’un personnage de fiction… sans doute doté de quelques traits de l’original mais certainement pas sa copie conforme.

Les malheurs d’Alexandre

En tant que lectrice des romans d’Alexandre Jardin, je n’ai jamais imaginé que ceux-ci pouvaient être une sorte d’exutoire à la souffrance de l’auteur.

Alors que certains trouvent refuge sur le divan moelleux d’un psychiatre, il semblerait qu’Alexandre Jardin ait écrit des romans et qu’il s’y soit perdu.

Il regrette de s’être lui-même crée un personnage public comme si cela était une abominable ignominie… mais qui peut se vanter d’être toujours lui-même ? Certainement pas tous ceux qui, à notre époque, affichent leur meilleur profil sur les réseaux sociaux avec la vie fabuleuse qui va avec… mais vie surtout fabuleusement travestie.

A mon sens, Alexandre Jardin s’accable bien injustement. Par contre, je ne veux en aucun cas minimiser sa souffrance ; cette souffrance qui lui appartient et dont personne ne peut juger de l’ampleur.

Ne plus “faire du Alexandre Jardin”

Les confessions brutales, étalées dans les médias, d’un Alexandre Jardin visiblement en souffrance m’ont fait un d’effet étrange.

L’auteur justifiait ainsi, m’a-t-il semblé, sa volonté de “ne plus faire du Alexandre Jardin”. Comme s’il avait envie de tirer un trait sur trente ans de carrière et un genre littéraire duquel il souhaitait se détacher.

J’ai eu l’impression qu’une rupture s’opérait avec une mise à distance d’une œuvre jugée dorénavant comme mineure.

Pourquoi est-ce qu’il ne serait pas possible de faire de la bonne littérature avec des bons sentiments ? Certes ses derniers livres n’ont pas reçu l’accueil chaleureux que connurent ceux des années 80 et 90 auprès des lecteurs mais est-ce une raison pour désavouer les romans du passé ?

Les questions d’une polémique

Cette dernière polémique me laisse un goût amer et beaucoup de questions.

S’agit-il d’un coup médiatique ?

Est-ce si grave qu’un homme publique se crée un personnage publique ?

Le mal-être de l’auteur devait-il être exposé comme la confession d’une faute ?

Le lecteur a-t-il vraiment été berné ?

Y a-t-il matière à polémique ?

Mes réponses seraient : peut-être / non / non / non / non

…mais bien sûr cela n’engage que moi… Et vous, comment avez-vous perçu cette polémique ?

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